Hernani de Victor Hugo au programme du bac 2019… et de nos cours de français dans le cadre de notre soutien scolaire en ligne spécial terminale.

Victor Hugo en 1829 par Dévéria

Victor Hugo en 1829 par Dévéria

 
 
 

Dans le cadre du nouveau programme de Littérature du Bac 2019 en Terminale L, l’équipe des enseignants de soutien scolaire français en ligne de Prof Express vous proposent de faire le plein de ressources et d’idées sur le domaine d’étude “lire, écrire, publier” et l’œuvre retenue cette année : Hernani (1830) de Victor Hugo.

Nous inaugurons la série en revenant aujourd’hui sur l’essentiel de ce qui s’est joué sur la scène médiatique, le 25 février 1830, à l’occasion de la première représentation d’Hernani à la Comédie Française.

 
 

 

25 février 1830. Théâtre-Français. Paris.

Victor Hugo s’apprête à fêter ses 28 ans. Il présente ce soir-là, devant un parterre essentiellement composé de fidèles, sa toute nouvelle pièce de théâtre, Hernani, brandie comme un étendard sur le champ de bataille opposant les gardiens de la tragédie classique aux jeunes hérauts du drame romantique :

« Je remets ma pièce entre vos mains, entre vos mains seules. La bataille qui va s’engager à Hernani est celle des idées, celle du progrès. C’est une lutte en commun. Nous allons combattre cette vieille littérature crénelée, verrouillée. Saisissons-nous de ce drapeau usé hissé sur ces murs vermoulus et jetons bas cet oripeau. Ce siège est la lutte de l’ancien monde et du nouveau monde, nous sommes tous du monde nouveau. »[1]

Accusé d’avoir écorné l’image des Bourbon et de la France dans Marion Delorme, c’est avec l’amertume d’avoir été censuré qu’Hugo commence, à la fin du mois d’août 1829, l’écriture d’Hernani dont l’action se situe dans l’Espagne du XVIe siècle, au temps de Charles Quint, et conte les amours contrariées du personnage éponyme et de Doña Sol.

Achevée moins d’un mois plus tard, elle est acclamée par les proches de l’écrivain, unanimement saluée par les pensionnaires de la Comédie Française et même validée par la censure.

Tandis que les répétitions suivent leur cours, Victor Hugo est moqué par ses détracteurs et la pièce parodiée dès le mois de décembre 1829 sur la scène du Vaudeville, 2 mois avant la première ! Un article du Figaro en date du 3 janvier 1830 met le feu au poudre en révélant que “les ennemis du romantisme” font circuler de faux extraits de la pièce à des fins parodiques. Ailleurs, ce sont de véritables extraits de la pièce qui sont diffusés en vue de préparer les moments à siffler pendant la première.

article du Figaro sur Hernani

Il n’en faut pas moins à toute la camaraderie romantique emmenée par Gérard de Nerval et Théophile Gautier pour se mettre en ordre de bataille, organiser la riposte et réussir le tour de force de transformer la représentation du 25 février 1830 en un événement littéraire retentissant : 550 billets rouges, nominatifs, signés par l’auteur, et portant l’inscription Hierro (le fer en espagnol) comme signe de ralliement, sont offerts à tous les artistes, écrivains, peintres, sculpteurs, musiciens, architectes, qui s’engagent à mener la “claque” contre les représentants du classicisme et de la vieille littérature.

Accueil mouvementé de la pièce par le public

Mais le nouveau et l’ancien monde ont-ils réellement croisé le fer en cette soirée du 25 février 1830 comme le laissent penser certains raccourcis historiques et quelques représentations médiatiques et cinématographiques postérieures promptes à forger la légende d’Hernani ?

adèle hugoPas vraiment ! Malgré l’hostilité pressentie et la débâcle annoncée, la première est un triomphe, comme le raconte Adèle Hugo :

 
 

« L’applaudissement colossal qui avait eu lieu au premier acte se reproduisit. […] Des salves d’applaudissement couvraient la voix de Michelot tous les cinq ou six vers. […] La toile tomba sous l’écroulement du succès. […] Le Journal des Débats mit le soir même une note qui finissait ainsi : « Le nom de l’auteur a été écrasé sous les applaudissements. »[2]

 
 
 

Les faits sont d’ailleurs assez éloignés de la représentation romancée et très largement exagérée du téléfilm de Jean-Daniel Verhaegh dans lequel le réalisateur cède au cliché du jeune romantique révolutionnaire alcoolisé et bestialisé qui humilie, agresse et martyrise les représentants de l’ancien monde jusqu’à les étouffer en leur faisant ingurgiter les billets rouges frappés de la devise hierro.

C’est à l’occasion des représentations suivantes que le ton va monter d’un cran et les acteurs essuyer des huées, comme en témoigne l’acteur Joany, interprétant Don Ruy Gomez, dans son journal :
 

Cette pièce a complètement réussi, malgré une opposition bien organisée. Et malgré la manière originale dont cet ouvrage est traité, les beautés qu’il renferme le rendront toujours supérieur aux lâches efforts de la malveillance. (25 février)

L’ouvrage est vigoureusement attaqué et vigoureusement défendu (27 février)

Une cabale acharnée (3 mars)

Encore un peu plus fort… coups de poing… interruption… police… arrestations… cris…bravos… tumulte … foule… (10 mars)

C’est toujours la même chanson. Grande affluence et grand scandale (15 mars)

Le scandale continue plus fort que jamais (20 mars)

Représentation sans scandale où je puis dire avoir bien joué (18 juin)[3]

 

Hugo témoigne lui-même de la réception contrastée de la pièce malgré l’affluence et les soirées à guichet fermé :

« Le public siffle tous les soirs tous les vers ; c’est un rare vacarme, le parterre hue, les loges éclatent de rire. […] La presse a été à peu près unanime et continue tous les matins de railler la pièce et l’auteur. Si j’entre dans un cabinet de lecture, je ne puis prendre un journal sans y lire : « Absurde comme Hernani ; monstrueux comme Hernani ; niais, faux, ampoulé, prétentieux, extravagant et amphigourique comme Hernani. » Si je vais au théâtre pendant la représentation, je vois à chaque instant, dans les corridors où je me hasarde, des spectateurs sortir de leur loge et en jeter la porte avec indignation. »[4]

 

Comme d’autres avant lui et bien d’autres après lui — Ionesco avec Rhinocéros (1959), Jean Genet avec Les Nègres (1959) — Hugo subit les foudres d’une certaine partie de la critique. Pour mieux comprendre ce qui agite alors les détracteurs de la pièce, il faut se référer aux articles contemporains des premières représentations d’Hernani comme ceux d’Armand Carrel, dans les colonnes du National, mais aussi ceux du chroniqueur du Figaro et du Constitutionnel. Autre document d’importance : l’exemplaire de la première édition du drame sur lequel Hugo note en marge, depuis les loges, toutes les manifestations d’hostilité de la part du public, soit plus de « 148 interruptions – une fois, en moyenne, tous les douze vers pour une pièce qui a été amputée par ailleurs de 12 % de son texte » comme le rappelle Jean Gaudon dans son ouvrage consacré à Victor Hugo et le théâtre (p. 165-167).

Est-ce l’audace du fameux enjambement « escalier / Dérobé » de la première scène de la pièce qui a provoqué le tollé des garants de la belle tragédie classique décrit quarante ans plus tard par Théophile Gautier dans Le Bien public de 6 novembre 1872 ? Pas vraiment … Comme le précisent Agnès Spiquel et de Myriam Roman dans leur brillant article intitulé « Hernani, récits de bataille » :

À faire ainsi parler le texte annoté par Hugo au cœur de la bataille, [Jean Gaudon] établit que les enjeux de celle-ci furent essentiellement politiques, le public trouvant scandaleuse la manière dont Hugo traitait les grands de ce monde. Sont particulièrement sifflés les passages où Don Carlos adopte un langage bas et, par exemple, tel vers : « Il appelle ses gens, ses gardes, ses valets / Ses seigneurs, ses bourreaux » : le public s’offusque qu’on puisse, dans le dernier hémistiche, entendre « bourreaux » comme apposition à « seigneurs »

Florence Naugrette précise aussi dans sa présentation à l’édition d’Hernani chez GF Flammarion que « l’irruption du matériel sur la scène tragique » de même que le « grotesque », la familiarité et la trivialité des propos des personnages sont des motifs de querelle et de raillerie (p. 21).

Certains aspects de la production étant désormais éclairés, il nous faudra interroger plus spécifiquement la réception et la diffusion de la pièce, à l’occasion d’un prochain article, pour faire toute la lumière sur l’événement littéraire Hernani et sa postérité.

 
 

Pour aller plus loin

  • Sur la bataille d’Hernani à la lumière du « Manuscrit de la censure »

  • La Bataille d’Hernani, téléfilm réalisé par Jean-Daniel Verhaeghe, coproduit par France 5, France 2 et GMT production, d’après un scénario de Claude Allègre et Jean-Claude Carrière.

1ère partie :

2e partie :

  • Reportage à l’occasion des 150 ans de la bataille d’Hernani

 

soutien scolaire français[1] Victor Hugo raconté par Adèle Hugo, texte intégral établi et annoté sous la direction d’Annie Ubersfeld et Guy Rosa, Plon, « Les Mémorables », 1985, p. 459.

[2] Victor Hugo raconté par Adèle Hugo, texte intégral établi et annoté sous la direction d’Annie Ubersfeld et Guy Rosa, Plon, « Les Mémorables », 1985, p. 465-468.

[3]  « Journal de l’acteur Joanny », « Documents divers autour d’Hernani », Œuvres complètes de Victor Hugo, édition chronologique sous la direction de Jean Massin, Le Club français du livre, tome III, 1967, p. 1443-1446.

[4] Hugo, note du 7 mars 1830, « Documents divers autour d’Hernani », op. cit., p. 1450.

2 réponses
  1. Jérémy
    Jérémy says:

    Merci pour cet article. J’ai un travail à faire sur les parodies d’Hernani et la réception. Allez-vous écrire un article sur le sujet ?

    Répondre
    • Prof Express
      Prof Express says:

      Bonjour Jérémy, oui nous allons produire cet article de soutien scolaire en ligne dans les semaines qui viennent. Nous vous tenons au courant, suivez notre actualité sur notre page Facebook! Merci de votre fidélité.

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