La représentation sur scène de personnages exceptionnels empêche-t-elle le spectateur de s’identifier à eux ? Tel est le sujet de dissertation donné au bac français 2018 de Nouvelle Calédonie. Ta e-prof de soutien scolaire en ligne te propose une piste de corrigé.

Bac de français, Nouvelle Calédonie  – 2018

Série Littéraire – Sujet de dissertation

Une dissertation réussie commence par une analyse précise du sujet. Ne négligez jamais cette étape qui permet de resserrer l’enjeu essentiel sur lequel travailler !

La représentation sur scène de personnages exceptionnels empêche-t-elle le spectateur de s’identifier à eux ?

Quelques pistes pour l’analyse de notre sujet :

  • Le domaine de référence auquel renvoie ce sujet est limité pour le genre comme l’indiquent les termes « la représentation sur scène ».  Il s’agit donc du théâtre. Les exemples devront être choisis uniquement chez les dramaturges. À noter que le sujet fait ici référence aux représentations (+ le terme « spectateur ») : il s’agit donc bien de se positionner en tant que spectateur qui assiste à une pièce et non comme simple lecteur d’une œuvre théâtrale. Le sujet ne propose par contre aucune limitation historique : il englobe donc tous les siècles ainsi que tous les courants littéraires. Il s’agira donc bien de sélectionner des exemples variés et répartis dans plusieurs époques de l’histoire littéraire. Cependant, comme nous le verrons, certaines époques ont particulièrement privilégié la mise en scène de « personnages exceptionnels » à l’inverse d’autres qui ont souhaité mettre en évidence des personnages plus communs.
  • « personnages exceptionnels » : le terme « exceptionnel » renvoie à ce qui fait exception, qui est occasionnel, rare voire même, extraordinaire ; mais aussi à ce qui est remarquable, supérieur. Ces personnages peuvent donc être exceptionnels par leur statut social (roi, reine), leurs actes et prouesses plus ou moins héroïques, leur esprit et intelligence. La tragédie classique a notamment privilégié la mise en scène de tels personnages.
  • « s’identifier » : processus par lequel un individu se constitue sur le modèle de l’autre ; se reconnaître en l’autre voire lui ressembler au point de s’assimiler à lui ; partager les mêmes émotions.

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À partir de cette rapide analyse, on peut dégager quelques questions et points centraux sur lesquels construire la dissertation :

  • Dans quelle mesure la représentation de personnages exceptionnels crée-t-elle une distance avec le spectateur ? (ou, quelles sont les conditions nécessaires à l’identification du spectateur avec le personnage ?) Cette distance empêche-t-elle réellement l’identification ?
  • L’identification est-elle un paradigme nécessaire à l’appréciation d’une pièce ?
  • Pourquoi le spectateur éprouve-t-il le besoin de s’identifier au personnage ?

Proposition de corrigé de plan :

Ce sujet de dissertation peut facilement être traité par un plan dialogique en 2 parties (oui/non) et si possible, avec une troisième partie qui permet un élargissement/approfondissement de la question.

I. La représentation sur scène de personnages exceptionnels crée une distance avec le spectateur

  • Corrigé dissertation bac français, Nouvelle Calédonie  2018

    Phèdre de Racine

    Certaines conditions sont nécessaires pour que le spectateur puisse s’identifier au personnage représenté : celui-ci doit d’abord appartenir à l’humanité réelle (être un être humain d’abord) ; lui-même et sa destinée doivent avoir des similitudes avec celle du spectateur (âge, milieu social, caractère, épreuves…) ; ce personnage doit être attrayant et positif afin que le spectateur ait envie de lui ressembler. OR, un personnage exceptionnel ne recouvre pas toutes ces conditions. La tragédie classique notamment donne à voir des personnages nobles qui évoluent dans des contextes hors du commun telle Phèdre que Racine a mise en scène dans sa pièce éponyme : elle est reine, fille du roi de Crète Minos et de Pasiphaé. De plus, les tragédies classiques situent leur action durant l’Antiquité grecque ou romaine (elles s’inspirent notamment de la mythologie) ; les préoccupations des personnages ainsi que les événements auxquels ils sont confrontés sont donc très loin de ceux des spectateurs, qu’il s’agisse des contemporains d’auteurs classiques tels que Racine ou Corneille, ou des spectateurs d’aujourd’hui.

  • Ces personnages exceptionnels sont mis en valeur par la mise en scène (décors, costumes) et le texte parfois en vers : cette artificialité inhérente au théâtre accentue la distance entre les personnages sur scène et le spectateur.
  • En mettant en scène des personnages exceptionnels, la tragédie classique ne recherchait pas tant l’identification du spectateur à ceux-ci que plutôt la catharsis soit la « purification, l’épuration et la purgation » des passions (mot grec utilisé par Aristote) : la tragédie doit en effet susciter « la pitié et la crainte » chez le spectateur et opérer ainsi «la purgation propre à pareilles passions. » Les personnages exceptionnels représentés, en vivant des destins extraordinaires, sont donc amenés à jouer des émotions particulièrement violentes qui permettent cette catharsis. Exemple: Œdipe est amené à se crever les yeux en découvrant son triste destin dans Œdipe roi de Sophocle.

II. Une identification est cependant possible

  • La représentation de personnages exceptionnels met avant tout en évidence l’universalité et l’intemporalité des émotions vécues par ces personnages ; les souffrances ou joies qu’ils éprouvent font ressortir toute leur humanité. C’est justement cette universalité qui permet l’identification du spectateur. Exemple: dans Alexandre le Grand de Racine, Alexandre, grand prince qui a soumis de nombreux peuples, tombe amoureux d’une princesse indienne. Racine dépeint donc ce sentiment qui parle à tous chez son personnage au destin pourtant si exceptionnel.
  • C’est aussi cette universalité des émotions qui permet la catharsis; ainsi, sans rapprochement entre le spectateur et le personnage grâce à des transports et passions dans lequel le spectateur peut se reconnaître et s’identifier, il n’y a pas de catharsis De plus, il est nécessaire que les sentiments mis en scène frappent fortement l’imagination. Plus les passions sont exacerbées, et plus le spectateur est captivé.
  • L’importance de la mimesis: selon Aristote, la mimesis, soit l’imitation du réel, est le fondement de la littérature non lyrique. Pour les tragédiens antiques ainsi que pour les dramaturges du XVIIe siècle, cette représentation du réel était très importante ; l’histoire représentée sur scène se doit d’être crédible. Ainsi, bien que les auteurs donnent à voir des personnages exceptionnels, les problématiques auxquelles ils sont confrontés sont bien réelles. Ce sont des questions sociales ou politiques toujours inspirées de la réalité. Ce souci de la mimesis rapproche donc le spectateur du personnage et permet une identification. Exemple : dans Cinna de Corneille, les préoccupations politiques du roi Auguste sur la liberté de son peuple, sont intemporelles et reflètent donc la réalité. Tout comme la question de la violence qui traverse la pièce, ou celle encore de la vengeance.
  • La question de l’illusion si chère au théâtre peut aussi être abordée dans cette partie afin de montrer en quoi, malgré une certaine artificialité évoquée dans la première partie et inhérente à la représentation théâtrale, le théâtre joue aussi sur l’illusion (notamment par le jeu des acteurs qui utilisent et s’inspirent de leur propre vécu, de leurs propres expériences émotionnelles pour jouer afin de créer l’illusion qu’ils ressentent et vivent réellement ce qu’ils sont en train de jouer sur scène) ; cette illusion crée donc un certain flou qui permet le rapprochement entre le personnage et le spectateur (l’identification).

III. L’identification n’est pas une absolue nécessité

  • Marion soutien scolaire françaisLa mise en scène de personnages plus ordinaires (qui d’apparence, se rapprochent davantage des spectateurs) ne signifie pas nécessairement une identification plus simple de la part du spectateur. Exemple: il semble au préalable difficile de s’identifier aux personnages particuliers mis en scène dans Fin de partie de Samuel Beckett (les quatre personnages sont handicapés et la pièce se déroule dans un univers apocalyptique), comme d’ailleurs à tous les personnages des pièces appartenant à ce que l’on a coutume de nommer, le théâtre de l’absurde.
  • De toute manière, l’absence d’identification n’empêche ni le plaisir ni l’empathie. Exemple: Dans sa pièce Roberto Zucco (1988), Bernard-Marie Koltès met en scène le destin tragique de ce jeune tueur en série. Malgré la violence des actes de ce personnage et une identification qui, à priori, semble bien difficile, le spectateur est amené à ressentir une grande empathie pour Roberto Zucco.
  • Le théâtre fait appel aux sens comme nous l’avons vu ce qui peut amener le spectateur à s’identifier. Lorsque cette identification est plus difficile, le spectateur éprouve néanmoins du plaisir ou du dégoût. Et surtout, il s’interroge sur ce que dit l’œuvre. Car plus que l’identification, une représentation théâtrale amène surtout le spectateur à s’interroger sur lui-même et le monde puisque l’œuvre d’art fait aussi appel à la réflexion. Chaque siècle, chaque période littéraire a apporté, avec sa production de pièces, une réflexion sur son époque, sa politique (exemple: les pièces de Beaumarchais et Marivaux au XVIIIe siècle qui interrogeaient sur le pouvoir de la bourgeoisie, l’esclavage…), ou sur l’homme en général (Huis clos de Sartre entre autres).

 

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